Jean-Michel Ouvry
Description de l’oeuvre :
Cette décontraction, on la retrouve dans sa peinture. Jean-Michel aime les choses sérieuses, mais pas tellement les prendre au sérieux. Son univers fonctionne par accumulation. Objets du quotidien, jouets, squelettes, références au cartoon, à l’actualité ou à l’histoire de l’art s’empillent se télescopent et se répondent. On peut simplement profiter de l’ensemble, des formes et des couleurs ou rester un peu plus longtemps et commencer à chercher les indices.
À COLORS 26, Jean-Michel pousse cette recherche du côté de la nature morte et de la vanité. Il reprend quelque chose de ces peintures anciennes, notamment hollandaises, où des objets très ordinaires permettaient déjà de parler du temps qui passe, de la vie et de la mort. Sauf qu’entre-temps, quelques siècles de culture populaire sont passés par là. Ses vanités ont mangé « des bonbecs », comme il dit. Les couleurs sont gourmandes, les crânes ne font pas vraiment peur et rien ne devient jamais glauque. Pourtant, derrière cette apparente légèreté, le fond est bien là. La vie et la mort se croisent. L’actualité s’invite, l’histoire de l’art se glisse dans les détails. Jean-Michel a notamment caché plusieurs références à Guernica dans cette fresque. À vous de les trouver !!! Il y a aussi quelque chose de Matrix dans son univers : des images qui semblent parfois avoir légèrement déraillé, un doute qui s’installe, et cette question du vrai et du faux avec laquelle il aime jouer. Et puis, derrière tout cet humour, il y a une vraie exigence. La technique est précise, mais elle n’est jamais figée. Certaines difficultés physiques l’ont obligé à modifier sa manière de dessiner. Plutôt que de lutter contre elles, il en a fait autre chose. Il a cherché de nouvelles solutions, des gestes moins conventionnels, une façon de laisser davantage vivre la matière, d’accepter parfois un trait imparfait pourvu que l’ensemble soit juste. Jean-Michel doute beaucoup aussi et c’est peut-être une qualité. Il dit ne pas être coloriste alors que ses couleurs tiennent parfaitement ensemble. Il dit ne pas vraiment composer alors que ses accumulations trouvent naturellement leur équilibre. Après une période plus bichrome, il a décidé, depuis environ un an, de remettre franchement la couleur au centre. Chez lui, rien ne semble jamais complètement acquis. Et c’est sans doute ce qui rend son travail aussi vivant : derrière les blagues, les crânes, les bonbecs et l’apparente désinvolture, il y a beaucoup de travail, de culture artistiqe et de technique. Mais il reste surtout suffisamment de doute et de curiosité pour continuer à chercher et, visiblement, suffisamment de décontraction pour continuer à le faire avec le sourire.
Brad Pitt n’a qu’à bien se tenir !
