Fritures de style
Description de l’oeuvre :
Fritures de Style, c’est Gaëlle Jacques. Artiste photographe auteure, enseignante, ancienne directrice marketing pendant près de 25 ans. Elle aime les mots, l’art contemporain, les histoires et les choses ordinaires. Surtout celles que plus personne ne regarde. Son travail photographique tient souvent à presque rien. Deux brosses à dents pour parler d’amour, une ombre sur une feuille pour parler de sensualité, un cœur trouvé sur un trottoir, un objet banal qui ouvre soudain une porte ailleurs. Elle travaille le clair-obscur, la narration, et les petits riens pour parler de l’essentiel. La poésie est probablement son fil rouge. Le poète est souvent celui qui paraît un peu farfelu : il s’arrête là où les autres passent, regarde plus longtemps et finit par voir autre chose. Il remet de l’essentiel dans le quotidien. Gaëlle croit beaucoup à ce pas de côté. Et à cette capacité presque enfantine à continuer de s’émerveiller, même quand la vie l’est beaucoup moins. Elle a aussi une petite obsession : la justesse. Celle d’une image, d’un mot, d’un équilibre. Elle se dit volontiers égalitariste, préfère la nuance aux certitudes et supporte très mal les positions extrêmes et les grands donneurs de leçons. Elle croit davantage à ce que l’on fait qu’à ce que l’on affirme. Une bonne partie de sa vie professionnelle a d’ailleurs consisté à regarder les autres, comprendre ce qu’ils avaient de singulier et les mettre en lumière. Optimiste tenace, elle cherche presque toujours la petite lumière dans l’ombre. Et lorsque la méthode atteint ses limites, il reste la Compagnie Créole. On a aussi le droit de choisir ses philosophes, non ? 🙂
Son installation pour COLORS Urban Art commence à son retour de La Réunion. Après plusieurs semaines sur une île où la vie lui avait semblé particulièrement douce, elle retrouve Strasbourg et une drôle de guerre autour du vélo et de la campagne municipale de Mars 2026. Piétons, cyclistes, automobilistes : chacun semble avoir désigné son coupable. Cycliste depuis des années, elle finit presque par se demander si elle sait encore faire du vélo. Alors elle fait ce qu’elle fait souvent : elle va voir, elle enquête, elle décortique, elle ouvre le sujet en profondeur. Tous les mardis pendant près de quatre mois, elle parcourt Strasbourg avec son appareil. Vélos cargos familiaux, vélos sportifs, vieux biclous bricolés, fleurs, paniers, autocollants, petites fées sur les sonnettes… Elle découvre surtout que nos vélos parlent assez bien de nous. Derrière « les cyclistes », il y a des individus, des usages et autant de manières d’habiter la ville. Fritures de Style ne cherche pas à savoir qui roule bien et qui roule mal. Elle préfère regarder ce que nos façons de circuler racontent de nous.
De cette observation naît une installation pensée comme une déambulation en quatre temps:
D’abord, près de 1600 sonnettes viennent recouvrir le mur. Au centre, un mot : LOVE. Elles sont faites pour être actionnées : plutôt que faire sonner sa colère, chacun est invité ici à faire vibrer l’amour, la tolérance, les bons sentiments. Puis vient un chemin de mots, posé au pochoir, qui accompagne la circulation et rappelle quelques évidences : Chacun son rythme, Partageons la route, Piano piano, Ride together… Personne n’est exemplaire. Nous ferons tous, un jour, une erreur. Alors peut-être pouvons-nous simplement apprendre à mieux partager le même chemin. Un chemin photographique prolonge cette idée. Il rassemble une sélection seulement des images récoltées au fil de ces quatre mois : portraits cyclistes ou petits signes d’humanité croisés au hasard des rues. Enfin, un Parking à messages laisse la parole au public. Chacun peut y accrocher un mot positif, un souvenir, une rencontre ou une petite histoire d’amour liée au vélo.
Au fond, Fritures de Style n’a pas cherché à savoir qui avait raison. Elle préfère poser une autre question : et si, puisque nous allons tous dans la même direction, nous apprenions simplement à faire un peu plus de place à l’autre ? Une histoire de vélos mais surtout une histoire de tolérance, de trajectoire, de mots doux et de vivre ensemble. Et cette idée, assez simple, que même au milieu du bruit, on peut encore choisir notre posture ! En selles !
BIO :
Je m’appelle Gaëlle Jacques alias Fritures de style et je suis photographe artiste auteur basée à Strasbourg.
D’aussi loin que je m’en souvienne, je photographie la vie de tous les jours. Je ne trouve rien de plus exceptionnel que le banal. Pour moi, le banal n’est ni ordinaire, ni fade. Il est ce bourgeon d’où jaillissent des émotions insoupçonnées. Quand je regarde un objet, je vois un individu. J’entends un message. J’écoute une histoire. Il me raconte le temps qui passe, le monde imparfait. Je choisis de voir le côté esthétique dans ses traces d’usure comme l’indique le wabi-sabi. Ce concept japonais m’inspire beaucoup, tout comme le kintsugi, qui est l’art consistant à souligner d’or les failles d’un objet cassé plutôt que de les masquer. Ainsi, je cherche l’émerveillement devant ce qui, pour la plupart, ne mériterait rien d’autre que d’être jeté ou abandonné.
Tout au long de mon parcours d’autodidacte, j’ai été guidée par mon instinct. Avant chaque prise de vue, je me laisse happer par un détail. L’ordre au milieu du chaos m’interpelle. Mon œil découpe alors la scène en lignes harmonieuses. Je construis l’image dans mon viseur comme un architecte dessine un plan. J’accompagne parfois mes clichés de mots qui viennent enrichir l’image à l’instar des figures de style rendant un texte plus évocateur. C’est de cette fonction, combinée à l’effervescence qui m’anime lorsque je déroule une narration visuelle, qu’est né mon nom d’artiste.
Dans une autre partie de mon travail, l’objet est toujours présent mais s’efface pour laisser toute sa place à la lumière qui devient le sujet principal. La lumière n’existant pas sans l’ombre, je joue avec le clair-obscur à la manière des peintres néerlandais du siècle d’or dont j’admire la technique. La lumière suggère. Elle montre sans tout dévoiler. Mais elle est aussi capricieuse et n’attend pas. Je ne dispose que d’un court instant pour la capter avec mon appareil lent. Et c’est lors d’une rétention d’air que j’appuie sur le déclencheur. J’arrête de respirer parce que je ne veux pas utiliser de trépied.
Je garde toujours mon appareil auprès de moi, mon compagnon en qui j’ai confiance et avec lequel j’ai besoin de me sentir directement connectée. Il m’aide à capturer l’éphémère avant qu’il ne me glisse entre les doigts. Il m’accompagne au quotidien pour en révéler toute la poésie. C’est d’ailleurs la mission que je me suis fixée, avec pour mantra la citation de Jean-Pierre Siméon : « La poésie sauvera le monde, si rien ne le sauve. Au reste, elle le sauve chaque jour de son indignité. »
ENGLISH :
Artwork Description
Fritures de Style is Gaëlle Jacques: a photographic artist, writer and teacher, who spent nearly 25 years as a marketing director. She loves words, contemporary art, stories and ordinary things — especially those that no one seems to notice anymore.
Her photographic work often starts with almost nothing. Two toothbrushes to talk about love, a shadow on a leaf to evoke sensuality, a heart found on a pavement, an everyday object that suddenly opens a door to somewhere else. She works with chiaroscuro, storytelling and the little things to talk about what really matters.
Poetry is probably her common thread. The poet is often the person who seems a little eccentric: they stop where others keep walking, look a little longer, and eventually see something else. They bring a sense of what truly matters back into everyday life. Gaëlle strongly believes in taking that step aside. And in that almost childlike ability to keep being amazed, even when life itself is much less so.
She also has a small obsession: accuracy. The accuracy of an image, a word, a balance. She readily describes herself as an egalitarian, prefers nuance to certainty, and has very little tolerance for extreme positions or self-righteous know-it-alls. She believes more in what we do than in what we claim. Much of her professional life, in fact, has been about observing others, understanding what makes them unique, and bringing that uniqueness into the light.
A stubborn optimist, she almost always looks for the little light in the darkness. And when methodology reaches its limits, there is always Compagnie Créole. We’re allowed to choose our own philosophers, aren’t we? 🙂
Her installation for the COLORS Urban Art Festival began when she returned from Réunion Island. After several weeks on an island where life had seemed particularly gentle, she came back to Strasbourg and found herself in the middle of a strange war over cycling, set against the backdrop of the March 2026 municipal elections. Pedestrians, cyclists, motorists: everyone seemed to have identified their own culprit. A cyclist herself for many years, she almost began to wonder whether she still knew how to ride a bike.
So she did what she often does: she went to see for herself, investigated, dissected the subject and explored it in depth.
Every Tuesday for nearly four months, she travelled throughout Strasbourg with her camera. Family cargo bikes, sporty bikes, old customised bicycles, flowers, baskets, stickers, little fairies attached to bells… Above all, she discovered that our bikes tell us quite a lot about who we are. Behind “the cyclists” are individuals, different uses and just as many ways of living in and experiencing the city.
Fritures de Style is not interested in determining who rides well and who rides badly. She prefers to look at what our ways of moving through the city reveal about us.
This observation gave birth to an installation conceived as a four-part journey:
First, nearly 1,600 bicycle bells cover the wall. At the centre, one word: LOVE. They are meant to be rung: rather than sounding the bell of anger, visitors are invited to make love, tolerance and good intentions resonate.
Then comes a path of words, applied as stencils, accompanying the flow of movement and reminding us of a few simple truths: Everyone has their own pace, Let’s share the road, Piano piano, Ride together…
Nobody is perfect. At some point, we will all make a mistake. So perhaps we can simply learn to share the same path a little better.
A photographic path extends this idea. It brings together a selection of the images collected over those four months: portraits of cyclists and small signs of humanity encountered by chance in the streets.
Finally, a Message Parking Lot gives the public a chance to speak. Everyone can hang a positive message, a memory, an encounter or a little love story connected to cycling.
Ultimately, Fritures de Style was not interested in finding out who was right.
She prefers to ask another question:
What if, since we are all heading in the same direction, we simply learned to make a little more room for one another?
A story about bicycles, but above all, a story about tolerance, trajectories, kind words and living together.
And a rather simple idea: even in the middle of all the noise, we can still choose how we position ourselves.
Saddle up!
BIO
My name is Gaëlle Jacques, aka Fritures de Style, and I am a photographer, artist and author based in Strasbourg.
As far back as I can remember, I have photographed everyday life. I find nothing more extraordinary than the ordinary. To me, the ordinary is neither mundane nor dull. It is the bud from which unexpected emotions can suddenly blossom.
When I look at an object, I see an individual. I hear a message. I listen to a story. It tells me about the passage of time, about an imperfect world. I choose to see the beauty in its marks of wear and tear, as expressed through the Japanese concept of wabi-sabi. This concept inspires me deeply, as does kintsugi, the art of highlighting the cracks in a broken object with gold rather than hiding them.
In this way, I seek to find wonder in things that, for most people, would deserve nothing more than to be thrown away or abandoned.
Throughout my self-taught journey, I have been guided by instinct. Before every shot, I allow myself to be drawn in by a detail. Order within chaos catches my attention. My eye then breaks the scene down into harmonious lines. I construct the image in my viewfinder like an architect drawing a blueprint.
Sometimes, I accompany my photographs with words that enrich the image, much like figures of speech make a text more evocative. It is from this function, combined with the excitement that takes hold of me when I unfold a visual narrative, that my artist name was born.
In another part of my work, the object is always present, but gradually fades into the background, allowing light to become the main subject. Since light cannot exist without shadow, I play with chiaroscuro, inspired by the Dutch painters of the Golden Age, whose technique I deeply admire.
Light suggests. It reveals without showing everything. But it is also unpredictable and never waits. I only have a brief moment to capture it with my slow camera. And it is while holding my breath that I press the shutter.
I stop breathing because I don’t want to use a tripod.
I always keep my camera close to me — my trusted companion, one I need to feel directly connected to. It helps me capture the ephemeral before it slips through my fingers. It accompanies me every day, allowing me to reveal all its poetry.
That, in fact, is the mission I have set myself, guided by the words of Jean-Pierre Siméon:
“Poetry will save the world, if nothing else does. Besides, it saves it every day from its indignity.”
